Éris

Il n’y a pas deux Éris sur cette terre. Il y en a trois. La mauvaise, la bonne, l’à-venir : la guerre-discorde, la joute-émulation, le combat spirituel. 

Par Éris, on entend ici la troisième. Le combat spirituel — pour le sens  — l’avenir — de ceux qui n’ont pas renoncé — aux puissances de la parole, du geste, du signe, du texte, de l’image, du poème. 

Éris est ce combat, ce mental fight, qui vient, contre et dans la catastrophe qui vient, qui est déjà là. 

Qui n’a pas renoncé aux puissances de l’Événement, qui se tient, droit, dans l’éclair de l’Événement. 

Éris c’est ce goût de fer dans la bouche.

C’est l’axe de l’énergie qu’on sent qui tient, dans ton corps, par les rues, partout, au tournant, le non, le refus, la rupture, l’hérésie, la lucidité, mais plus secret, plus profond, le oui caché, le sceau secret, la promesse — ton coeur illumine l’espace. 

Éris est le nom de ce combat et de cette promesse, d’une communauté secrète, de quelques-uns, qui, de mains en mains, transmettent l’espoir, le secret, le feu d’une parole, d’un signe, d’un geste — quelques solitudes violentes, qui se reconnaissent, se rencontrent, se saluent. 

Éris — le nom du combat pour le sens, l’autre nom de la poésie, pour nous — l’énergie de l’âme, la recherche cruelle, le pari, le coup de dés qu’émet toute pensée.

Le combat, la veille, avant d’entrer, à l’aurore, aux splendides villes.  

Éris : non exactement la discorde mais plutôt comme la dissidence des premiers chrétiens, peut-être, dans l’underground des catacombes romaines, une obscurité, une invisibilité choisies, un nouvel underground du sens : 

le signe, le texte, le lento de la lecture, de l’écriture, l’éclair de la pensée, le fragment, la danse, une communauté des ténèbres, pour porter au jour ce qui remonte de la nuit du monde et de l’histoire où nous sommes. 

Éris comme l’essai, l’expérimentation, la recherche, l’esquisse, d’un ailleurs, d’un autrement, d’un lieu de pensée et de désir choisi, médité, un angle, une ligne de fuite, une perspective, un avenir. 

La surprise. Le hasard. L’improbable. 

Ni revue savante, ni think tank, mais lieu atopique, centre pour un désir de créer, comme une danse s’enroule autour d’un centre, comme les choreutes dansent et se resserrent autour du coryphée.

Ni revue militante, ni idéologique, ni partisane — sinon du parti d’opposition qui s’appelle la vie — mais, enfin, sonde numérique, appareil d’écoute et d’enregistrement des remontées de la vie vivante.

 « Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie » (Baudelaire). Cette revue en ligne ne se donne pas d’autre tâche que celle-ci.  

Soleyman Maalem, 09/2026

On assiste ici à la recherche et au combat d’une jeunesse. 

Elle forme un groupe d’amis, de solitaires qui, par rencontres et travaux, se lient autour d’un même désir de penser et de sentir. 

Naguère nous avions formé le projet d’une revue de philosophie autour de cette phrase de Rilke : « plus il y a de solitaires plus émouvante et puissante est leur union. » 

Je me souviens du jour où nous avons eu l’idée de ce projet, éprouvée alors comme un impératif. 

Non pas l’idée mais plutôt l’éclair, l’ordre qui tombe d’en-haut. 

Ce site n’est autre que la fidélité à cet éclair.

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Ce site s’adresse à quelques-uns. 

« À quelques solitudes violentes » (Jean-Paul Michel !).

À la communauté silencieuse dont les solitaires se reconnaissent par le même Souci de l’habitation pensante et poétique, 

le même Sens de la terre, 

la même faroucherie, qui n’entendent pas renoncer au combat spirituel. 

La dévastation (capitaliste, industrielle, technologique, cybernétique) de la vie terrestre, qui aujourd’hui est notre lot irrécusable, appelle la violence, l’injure, l’imprécation, le ressentiment, la vengeance, suscite la haine contre l’humanité qui ravage son propre sol, son humus natal, et le vertige face à l’imminence absolument inédite de l’auto-annihilation de l’espèce. 

Mais la pensée ici ne veut pas être mue par la vengeance. 

Et le oui, le oui secret, est plus fort en elle que tout non.

Eris est le titre de ce site et l’égide sous laquelle il avance. 

Pour les anciens Grecs, Eris était la déesse de la discorde.  

En grec éris (ἔρις) signifie : la guerre, la lutte, la discorde, la joute.

Ce nom signifie que la guerre est notre condition.

Héraclite le disait : « Il faut savoir que la guerre est universelle et la joute justice, et que produites toutes choses le sont par la joute et par elle nécessitées. »

ἔρις c’est aussi cette guerre qui se maintient dans l’état de paix, qui maintient la paix vivante, riche d’oppositions : c’est la contestation, mais c’est aussi l’émulation inventive, la rivalité créatrice. 

La contestation qui veut ici la parole répond à cette injonction d’Héraclite : « Se dresser contre ce qui est là et devenir les gardiens vigilants des vivants et des morts. »

Elle veut être force d’opposition, dissidence, hérésie également, affirmation de la vie là-contre, et elle peut faire sienne cette parole de Balzac : « Je fais partie de l’opposition qui s’appelle la vie. »

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Comment créer, habiter, penser en un temps de destruction de la vie terrestre ? 

Comment renouer avec l’habitation pensante et poétique si partout c’est le ravage du sens et de la chair, le « saccage du jardin de la beauté » ?

Comment, parmi les poisons que nous savons, ne pas mourir ? Sauver la mémoire des vivants et des morts, garder mémoire de la vie vivante et de la parole vive de cette longue chaîne de morts en ligne de faîte — qui nous regardent ? 

L’intimation la plus profonde reçue des vivants et des morts : 

S’élever à la pureté adamantine de cette longue chaîne, de mains en mains divulguant le secret, l’espoir, le désir et la dureté pour relier sa chair à cette chaîne — pour retourner avec les héros au festin. 

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Ce site d’art et de philosophie est placé sous le signe de la lutte – contre la « barbarie du présent ». Son combat est celui de l’avenir. Il défend des artistes et des penseurs, produit des pistes sensibles qui veulent contribuer à l’intelligibilité de la catastrophe et préparer la création de l’avenir, le « travail nouveau ». Il entend faire dialoguer les disciplines (philosophie, anthropologie, sociologie, histoire de l’art) afin d’incarner les exigences du savoir et les réclamations de la vie sensible. Sa méthode correspond ainsi à la formule de Nietzsche : « la science dans l’optique de l’art et l’art dans l’optique de la vie » ; « la philosophie est scientifique dans ses moyens et artistiques dans ses fins ». Rendre la vie vivante, l’élargissement poétique de la vie, de l’intérieur, est l’intention la plus profonde qui meut ce site. On veut y faire entendre le cri de la vie contre la barbarie du présent. Faire sentir l’éperon de l’avenir dans la chair du présent. 

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Mais la paix ? On fait ici le pari qu’Irène soit sœur d’Eris. Guerre et paix, Eris et Irène, sont une. Plaie et remède.

« Increscunt animi, virescit volnere virtus » : « S’accroissent les âme, verdit la force dans la blessure. » 

Soleyman Maalem, 09/2025